Le saut du Loup

      Pourquoi une rue de ce nom. Parce qu’il y avait, avant que le quartier se construise à la fin des années 1960 un « Chemin du Saut du Loup ». Quelle est l’origine de ce nom ? On ne le saura probablement jamais, mais on peut comprendre « le saut ». C’était un chemin creux, très creux. En fait, c’était une partie d’une ancienne Cadoule dont le point de départ est encore porté sur la carte de l’Institut Géographique National (IGN). Elle descendait jusqu’à la ville, servait de fossé autour des murs de la ville du côté Est puis allait se jeter dans l’étang sous le nom de « la Capouillère ». Elle coulait encore au milieu du XIXème siècle. Un « saut » était donc nécessaire pour franchir cet obstacle qui était encore, il y a 50 ans, en creux de plus d’un mètre.

A la fin des années 1930, il y avait toujours un filet d’eau car il y avait là une source et une autre un peu plus haut. Parfois, à la saison des pluies, il y en avait beaucoup plus et les gamins du mas de La Plaine qui allaient à l’école à bicyclette, empruntant habituellement ce raccourci, devaient parfois rebrousser chemin et passer par la Grand’Rue.

Quant au Loup, on peut penser à une bête du Gévaudan égarée jusque dans la plaine. On y croise bien, encore de nos jours, des sangliers : en sulfatant ma vigne, il y a une vingtaine d’années, j’ai été doublé, dans la rangée à côté par un de ces animaux qui ne m’a même pas honoré d’un regard et m’a sans doute pris pour un arbre. Un jour, un paysan aura aperçu là un loup franchissant d’un bond –ou de plusieurs- le lit du ruisseau.

Le plus ancien habitant de ce quartier a entendu dire, par sa grand-mère, que les femmes de Mauguio venaient là pour rincer leur linge. Et elle expliquait le sens du mot « Le roi n’a pas pu passer, il s’en est fallu d’un saut de loup ». Phrase bien mystérieuse. A quel moment le roi a-t-il pu entrer dans la légende ? Peut-être après 1622. Cette année-là, Louis XIII et son armée s’était emparé de la ville, la région plutôt protestante s’étant un peu révoltée. Le roi avait séjourné pendant un mois à Mauguio pendant que ses troupes faisaient le siège de Montpellier. Peut-être que, par la suite, la mémoire populaire, n’ayant pas digéré l’affront, a inconsciemment voulu l’oublier et a nié la réalité de l’évènement : la profonde Cadoule au niveau du Saut du Loup l’avait empêché de passer. Hypothèse, bien sûr, mais la phrase de la grand-mère n’était peut-être aussi qu’une affabulation pour faire rêver son petit-fils.

Roger Poudevigne

 

Carte de Mauguio de 1950
Carte de Mauguio de 1950

Au cours d’un collectage que la médiathèque a mené en 2006-2007 sur les histoires de Mauguio, souvenirs personnels, anecdotes, légendes…, Roger Poudevigne nous a transmis des textes documentés et personnels, plein d’humour, d’une belle écriture, qu’il devait probablement à son expérience d’instituteur.
Dans Le Saut du loup, Roger Poudevigne retrace les origines possibles de ce toponyme, savoureux mélange de mémoire orale et de recherches d’archives.

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